Méthode : réussir l'introduction du commentaire

Néo Moret15 octobre 20268 min de lecture
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En bref

L'introduction du commentaire tient en un seul paragraphe : une amorce précise (ou rien), la présentation du texte à partir du paratexte, ton projet de lecture sous forme de question, puis l'annonce de deux ou trois parties. Ce n'est ni un résumé ni une biographie : elle dit ce que fait le texte et comment tu vas le lire.

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Tu as un texte que tu n'as jamais vu, quatre heures devant toi, et une page blanche. L'introduction est le premier paragraphe que lira ton correcteur, et c'est aussi celui qui t'oblige à savoir où tu vas. Cette page t'explique ce qu'on attend vraiment de toi, comment construire chaque étape, et te montre la méthode appliquée à un roman, une pièce de théâtre et un poème.

Ce que le correcteur attend vraiment

Il n'existe pas de méthode officielle d'introduction, et les textes officiels le disent clairement : on ne peut pas exiger de toi une introduction « canonique », et ta note ne se découpe pas en points pour l'introduction, le développement et la conclusion. Ce qu'ils attendent, en revanche, est précis :

  • Un projet de lecture cohérent. C'est le cœur de l'exercice selon le guide de l'évaluation d'Eduscol : ton commentaire doit être organisé autour d'une lecture du texte, pas d'une suite de remarques. L'introduction est l'endroit où tu l'annonces.
  • Une présentation qui part du paratexte. L'académie d'Aix-Marseille le résume ainsi pour les élèves : présenter brièvement l'auteur, le titre et le sujet du texte, en t'appuyant sur ce que donne le sujet.
  • Une caractérisation plutôt qu'un contexte. L'inspection de lettres de l'académie de Bordeaux préfère que tu dises quel genre de texte c'est et ce qu'il fait, plutôt que de le ranger dans un courant littéraire.
  • Pas de biographie, pas de mouvement obligatoire. Aucun passage par la vie de l'auteur ou l'histoire du siècle n'est attendu. Le contexte littéraire est valorisé quand il sert ta lecture, mais un rattachement faux à un mouvement est sanctionné.

Autrement dit : ton introduction n'a pas à être savante. Elle doit montrer que tu as compris ce que fait le texte et que ton commentaire va quelque part.

La méthode, étape par étape

L'introduction tient en un seul paragraphe. Elle se rédige au brouillon, après avoir trouvé ton plan : c'est le plan qui te donne ta problématique, pas l'inverse.

1. Amener le texte, ou pas

L'amorce est une phrase qui conduit vers le texte : un fait précis sur l'œuvre, sur sa publication, sur le genre. Sur l'ouverture de Bel-Ami, par exemple : « En 1885, Maupassant publie l'histoire d'un jeune homme sans fortune décidé à réussir à Paris. »

Elle n'a qu'une condition : être précise. Une phrase qui irait avec n'importe quel texte ne t'apporte rien. Et elle est facultative : si tu ne sais rien de précis sur le contexte, commence directement par la présentation. Personne ne te le reprochera.

2. Présenter le texte et dire ce qu'il fait

Tout ce qu'il te faut est dans le paratexte : le chapeau en italique au-dessus de l'extrait et la référence en dessous. Tu y prends l'auteur, le titre, la date, le genre et la place de l'extrait dans l'œuvre.

Puis, en une phrase, tu dis ce que fait le texte. Pas un résumé ligne à ligne : ce qu'il raconte ou décrit, et ce qu'il a de particulier. Pour « Demain, dès l'aube » : « Hugo y décrit une marche à travers la campagne normande qui semble mener à un rendez-vous, avant que la dernière strophe ne révèle une tombe. » Cette phrase prépare déjà ta problématique.

3. Poser ta problématique

C'est la question à laquelle tout ton commentaire répond. Elle naît de ce qui t'a frappé à la lecture, et non d'une formule toute faite. Quatre pistes pour la trouver :

  • Ce qui te surprend. Un contraste, une rupture, une fin qui change le sens de tout ce qui précède.
  • Le mouvement du texte. D'où il part, où il arrive : « Comment ce texte fait-il passer de… à… ? »
  • Le genre et ce que le texte en fait. Une scène d'exposition qui est aussi une scène comique, un portrait qui est aussi une critique.
  • L'effet sur toi. Pitié, rire, malaise : de quels procédés naît cet effet ?

Formule-la sur le comment et le pourquoi, avec « Comment… ? » ou « En quoi… ? ». Si tu préfères la question indirecte, construis-la sans inversion et sans point d'interrogation : « Nous verrons comment Molière fait rire d'un malade qui se croit mourant. »

4. Annoncer ton plan

Deux ou trois parties, dans l'ordre, en une phrase, sans les sous-parties. Un plan en deux parties est parfaitement accepté : ce qui compte, c'est que ta lecture progresse. Formule des idées plutôt que des titres, et évite le mécanique « Dans une première partie… Dans une deuxième partie… ».

En voie technologique, le sujet te propose des axes de lecture. Les reprendre comme tes deux parties est la solution la plus sûre, même si un autre projet bien justifié est accepté.

Trois introductions complètes

La même méthode, sur trois genres. À chaque fois : l'amorce, la présentation et ce que fait le texte, la problématique, l'annonce du plan.

Un roman : l'ouverture de Bel-Ami

En 1885, Maupassant publie l'histoire d'un jeune homme sans fortune décidé à réussir à Paris. Dès la première page de Bel-Ami, Georges Duroy, ancien sous-officier, sort d'un restaurant avec trois francs quarante en poche pour finir le mois, et marche sur le boulevard en dévisageant les passants. Comment cet incipit fait-il d'un homme pauvre et désœuvré un conquérant en puissance ? Nous verrons d'abord le portrait d'un personnage modeste, presque misérable, puis l'assurance d'un séducteur qui regarde déjà Paris comme une proie.

Ce qu'elle réussit : la présentation repère le décalage entre la pauvreté de Duroy et son assurance, et c'est ce décalage qui donne la problématique et les deux parties.

Une pièce de théâtre : la première scène du Malade imaginaire

Le Malade imaginaire est la dernière pièce de Molière : il meurt en 1673, quelques heures après la quatrième représentation, où il jouait lui-même Argan. La pièce s'ouvre sur un monologue : seul en scène, Argan vérifie les factures de son apothicaire et compte ses remèdes un à un. En quoi cette scène d'exposition fait-elle déjà d'Argan un personnage comique ? Nous verrons qu'elle présente un malade obsédé par sa santé, puis qu'elle le rend ridicule par la répétition et le jeu sur les chiffres.

Ce qu'elle réussit : elle relie le genre (une scène d'exposition) à l'effet (le rire), et la problématique porte sur le comment, pas sur ce que raconte la scène.

Un poème : « Demain, dès l'aube » de Victor Hugo

En 1843, Léopoldine, la fille aînée de Victor Hugo, se noie dans la Seine à Villequier. Dans Les Contemplations, publiées en 1856, le poème « Demain, dès l'aube » décrit en trois quatrains une marche à travers la campagne normande qui semble mener à un rendez-vous, avant que la dernière strophe ne révèle une tombe. Comment Hugo transforme-t-il le récit d'un voyage en hommage à sa fille disparue ? Nous verrons d'abord comment le poème entretient l'attente d'une rencontre, puis comment il devient un poème de deuil.

Ce qu'elle réussit : ici, l'information biographique est utile, parce qu'elle éclaire directement le sens du poème. C'est exactement le cas où le contexte a sa place.

Les erreurs que relèvent les correcteurs

Les bilans de correction publiés par les académies et le guide de l'évaluation d'Eduscol pointent les mêmes défauts. Un bilan de l'académie de Grenoble note même que la forme de l'introduction est respectée dans presque toutes les copies : ce qui coûte des points, c'est le fond.

  • Pas de fil conducteur. La copie passe de remarque en remarque sans lecture d'ensemble. Une problématique claire dans l'introduction est le meilleur moyen de l'éviter.
  • La paraphrase. Raconter le texte au lieu de l'analyser, dès l'introduction. Une phrase pour dire ce que fait le texte suffit.
  • L'interrogation indirecte mal construite. « Nous verrons comment l'auteur montre-t-il… ? » mélange les deux formes. Choisis : « Comment l'auteur montre-t-il… ? » ou « Nous verrons comment l'auteur montre… ».
  • Le mouvement littéraire faux. Rattacher un texte à un courant qui ne lui correspond pas est sanctionné. Dans le doute, parle du genre.

Commentaire ou dissertation : ce qui change dans l'introduction

Les deux introductions ont le même squelette : amener, présenter, poser une question, annoncer le plan. Mais ce que tu présentes change. En commentaire, tu présentes un texte et c'est toi qui construis la question. En dissertation, la question est déjà dans le sujet : tu le cites et tu analyses ses mots. La méthode est détaillée dans Réussir l'introduction de la dissertation.

Questions fréquentes

Quelle longueur doit faire l'introduction du commentaire ?

Il n'existe aucune longueur officielle. Un seul paragraphe de quelques lignes suffit : assez pour présenter le texte, poser ta problématique et annoncer ton plan, sans commencer à analyser.

Faut-il parler du mouvement littéraire ?

Seulement si tu en es sûr et qu'il aide à comprendre le texte. Les correcteurs valorisent un contexte littéraire qui sert l'interprétation, mais un rattachement faux est sanctionné. En cas de doute, présente plutôt le genre du texte.

La problématique est-elle obligatoire ?

Ce qui est attendu, c'est un projet de lecture cohérent. La problématique est la façon la plus claire et la plus sûre de l'annoncer, c'est pourquoi presque toutes les méthodes la placent dans l'introduction.

Peut-on dire « je » dans l'introduction ?

Le choix de l'énonciation est libre et la première personne n'est pas pénalisée. L'usage reste plutôt le « nous » (« Nous verrons… ») ou les tournures impersonnelles, qui donnent un ton plus neutre.

Faut-il annoncer les mouvements du texte ?

Non, à l'écrit, tu annonces les parties de ton commentaire. Les mouvements du texte, c'est la règle de l'explication linéaire à l'oral. Seule exception : si tu fais un commentaire linéaire, qui suit le texte, tu annonces ses mouvements et ce qu'ils montrent.

NM
Co-Fondateur
Néo Moret

Néo crée les fiches et les méthodes de Fastudy, pour que chaque élève prépare ses examens avec des ressources claires et fiables.

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